Christophe Beauvillain, sculpteur

Travailler le métal, le bois et la terre

Christophe Beauvillain vit à Saint-Rivoal, dans les monts d’Arrée. Il se forme à la menuiserie-charpenterie, avant de finalement se tourner vers la sculpture, explorant la terre, le bois et le métal (inox ou fer) depuis plus de vingt ans.  Son travail va évoluer du figuratif à l’abstraction. Dans ses assemblages de bois ou de métal, il aime jouer la lumière, et avec le temps qui passe, rouille et patine font souvent partie intégrante de ses œuvres.  

Quand il travaille le métal, ce sculpteur, « récupérateur » de matériaux industriels ou ménagers usagés (fer, inox), mène un travail d’assemblage soudé. L’inspiration a pu être figurative, voire classique, mais les travaux des dernières années sont abstraits. Les sculptures, composées de lignes projetées, de courbes, de volutes et d’ondulations, mettent en scène un espace tridimensionnel qui propose une esthétique fragmentaire. Et pourtant, il est facile d’y projeter toutes sortes d’images ou de concepts, et c’est là notamment toute la qualité du travail de Christophe Beauvillain. 

Il faut aussi parler de ses œuvres en bois, qui relèvent d’une toute autre écriture artistique. Ici, la verticalité s’impose. Et souvent l’œuvre, dans son minimalisme, l’impose comme la seule voie possible.

Un point commun cependant avec le travail du métal : la recherche de la lumière. Derrière ses œuvres de bois et de fer, l’artiste donne toujours à voir, que ce soit à travers le vide de fragments cylindriques ou le vide créé entre les fragments, ou à travers les ouvertures insérées par l’artiste dans un bois devenu transparent. Il y a un monde au-delà de la réalité de l’objet.

Sauf pour les terres cuites qui, elles, ne laissent pas passer la lumière. Silhouettes étranges, guerrières ou angéliques qu’on songe à caresser pour ce qui semble être la douceur de leur matière (« hommes au bouclier »), ou formes abstraites et complexes dont les surfaces particulièrement travaillées attirent le regard (« berlingots » et « Cubic).

Parfois, Christophe Beauvillain dessine ses pièces à l’avance. Le plus souvent, il laisse faire l’intuition et se laisse porter par la dynamique créative. Mais cet artiste attentif observe avec obsession l’œuvre qui naît, tendu par une exigence technique toujours réaffirmée.

Il faut prendre le temps de rencontrer cet artiste discret, doté d’une grande sensibilité et de beaucoup d’humour, pour découvrir ses créations très originales en terre cuite ou en métal et un travail du bois particulièrement léger et élégant.

Marie Oulion-Friedberg, le 5 août 25

« Mémoire de réalités », l’exposition de Kaia Kiik·

Kaia Kiik, copyright Ouest-France, photo de Kristian Godinec

Les abstractions concrètes de Kaia Kiik

« Quand il n’y rien dans mon travail qu’on ne puisse trouver dans la réalité, alors ce n’est pas une œuvre » (Kaia Kiik)

En entrant dans l’espace, on est d’emblée confronté à un monde qui apparaît abstrait, minéral, figé ; on perçoit des surfaces irrégulières, des failles, des monticules, des variations de gris et de beige, du sombre au clair, et ici ou là des touches de couleurs. C’est comme si on avait devant soi des paysages vus d’en haut, mais à travers des lunettes grossissantes qui réduisent l’étendue du regard et figent les détails.

En s’approchant, en passant de tableau à tableau, on devient sensible à la diversité des mondes en présence. On passe d’un bout de réalité à l’autre, chacune sortie de son contexte et mise à nu dans ses éléments de base. Et on comprend que Kaia Kiik travaille dans un mode concret, loin de toute abstraction. Ses tableaux sont comme des bribes d’une réalité, des mémoires transcendées du monde. L’envie vient alors de toucher les tableaux, de faire l’expérience de leur matérialité, de sentir sous sa main toute la rugosité et l’irrégularité des surfaces, de suivre leurs creux avec ses doigts, de longer les failles creusées ici et là par l’érosion naturelle, laquelle fait partie du processus de création de l’artiste, et de repérer les objets incrustés qui sont autant de signaux pour éclairer le monde qui résonne dans le tableau. La diversité des mondes présents dans l’espace est immense : de l’estran de la baie de Somme aux paysages volcaniques de l’Ile Maurice, du désert du Mexique aux tourbières de l’Estonie, de la ville et ses déchets aux haras plus familiers.

Les mondes de Kaia Kiik sont toujours ancrés dans la réalité et liés fortement à la Nature. Mais ils ne sont pas faits que de minéralité. Dans une autre partie de l’exposition, d’autres œuvres, d’une transparence trouble, donnent à voir un monde marin, à la fois réel et imaginé, dans lequel flotte une végétation souple. Il s’en dégage une atmosphère particulière, un monde onirique et doux, un monde mouvant qui pourrait à tout moment s’animer.

L’ancrage dans la nature peut prendre d’autres formes encore, par exemple ces formes archaïques en silex produites dans les falaises à l’entrée de la baie de Somme, expulsées ensuite par les processus naturels d’érosion auxquels est soumise la falaise, et transposés par l’artiste en de petites figurines en bronze aux formes tout aussi archaïques qui cherchent le dialogue avec leurs ancêtres millénaires en silex.

Juillet 2025, Erhard Friedberg, commissaire de l’exposition

« Continuum », de Christine Le Nézet

Christine Le Nézet

Du 5 au 30 juin 2025 à l’espace de Poulguen

La saison 2025 démarre avec la plasticienne Christine Le Nézet qui vit et travaille à Quimper et dans la campagne bigoudenne. Cette artiste à l’œuvre éclectique et créative vient à nous avec Continuum, ou la proposition d’une déambulation à travers des oeuvres de 2010 à 2025.
Christine Le Nézet utilise des matériaux glanés ou récupérés pour leur donner une autre vie, en les faisant partie intégrante de ses œuvres. Cela participe d’un art du brouillage qu’elle pratique avec talent.


« Continuum » , « continuité dans l’espace ou le temps »
Christine Le Nézet, Le Guilvinec, Juin 2025

Ce terme s’ajuste à cette exposition où je mets en scène des œuvres de temps différents allant de 2010 à 2025. Œuvres rêvées, conçues et réalisées dans des lieux et des espaces de création variables, de la Normandie à la Bretagne, de la chambre-atelier à des espaces plus vastes, lieux de résidence ou de villégiature. Il y a des naissances multiples au terme d’accouchements parfois faciles et joyeux, parfois déchirants et violents, parfois rapides et fulgurants ou longs et épuisants.Cette exposition fait cohabiter des peintures, des gravures, des « objets ». Il y a à expérimenter un mélange d’œuvres qui se font écho les unes aux autres.
Pourrez-vous suivre le cheminement de ma pensée, l’élan de ma démarche artistique dans cette promenade au sein de mon univers ?

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J’envisage que ces œuvres juxtaposées nouent des relations. Je suis persuadée que les œuvres sont vivantes et je les retrouve avec surprise quelques années plus tard. Elles m’ont échappé…elles se sont émancipées…
Face à ce méli-mélo d’œuvres, j’ouvre les yeux sur des formes simples où j’entrevois l’infini, je revis l’apprivoisement de papiers qui ont déjà vécu, je m’amuse de la sublimation de certaines matières sans valeur.
Par cette exposition où des synchronicités se révèlent, je suis immergée dans le continuum de ma pratique artistique et de mon existence.